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Lettre ouverte à Dominique de Villepin

19 juin 2010, Dominique de
Villepin crée son mouvement politique. Francis Choisel, le
président fondateur de l'Alliance pour la Souveraineté de la
France, lui adresse une lettre ouverte.
Monsieur
le Premier Ministre,
Vous vous apprêtez à lancer votre mouvement politique. Vous
voulez bâtir une alternative au sarkozysme. Et vous ambitionnez
qu’elle dépasse votre propre personne, qu’elle ne soit pas
seulement «villepiniste», ou même «néo-chiraquienne», mais
authentiquement gaulliste.
Vos déclarations et celles de ceux qui vous entourent en font
foi. Le site de votre club politique en témoigne également. Vous
y situez votre action dans «un esprit de rassemblement inhérent
au gaullisme» et vous vous y considérez comme l’incarnation
d’«une certaine idée de la France et de ses institutions», cette
«certaine idée» de la première page des Mémoires de Guerre, ces
institutions qui sont le legs principal, ou du moins le plus
consensuel, du fondateur de la Ve République. D’où le choix du
19 juin, le lendemain du 18 ainsi que l’ont souligné tous les
commentateurs, comme date de votre congrès fondateur. À cette
démarche, je ne peux que souscrire.
Permettez-moi toutefois de vous rappeler que le gaullisme, comme
la Révolution française selon Clemenceau, forme un bloc. Et dans
ce bloc, il n’y a pas seulement l’autorité de l’État, la
participation, le respect de l’Homme, il y a aussi et peut-être
surtout, l’indépendance. Cette indépendance, spontanément, vous
l’incarnez sur la scène politique nationale depuis votre
spectaculaire discours au Conseil de sécurité de l’ONU. C’est
cela, et cela seul d’ailleurs, qui fonde dans l’opinion votre
légitimité à briguer en 2012 le pouvoir suprême.
Mais l’indépendance gaullienne, ce n’est pas seulement la
résistance à l’Amérique, c’est aussi le rejet de l’Europe
supranationale. Relisez, dans les Mémoires d’Espoir, le dernier
mot du général de Gaulle sur le sujet. Relisez cette page où il
dénonce ces partis qui «professent le “supranational”, autrement
dit la soumission de la France à une loi qui ne serait pas la
sienne», soumission qui prend la forme tantôt de «l’Organisation
atlantique qui mettrait la sécurité, par conséquent la
politique, de notre pays à la discrétion d’un autre», tantôt de
diverses institutions internationales «où nos représentants,
sans jamais dire : “Nous voulons”, ne feraient que “plaider le
dossier de la France”», tantôt de «l’adhésion à “l’Europe” vue
comme une construction dans laquelle des technocrates formant un
“exécutif” et des parlementaires s’investissant du législatif –
la grande majorité des uns et des autres étant formée
d’étrangers – auraient qualité pour régler le sort du peuple
français».
Ne croyez-vous pas que cette Europe que dénonce le général de
Gaulle est celle de la Constitution européenne et du traité de
Lisbonne, dans laquelle nous vivons hélas aujourd’hui ? Et
n’avez-vous pas appelé à voter, en 2005, cette constitution que
les Français ont rejetée ? N’avez-vous pas accepté sans
sourciller ce traité ?
Pensez-vous aussi que le général de Gaulle eût admis que ce que
les Français avaient défait par référendum, à une large
majorité, un Président, un Gouvernement et une poignée de
parlementaires puisse le refaire malgré eux et sans les
consulter ?
Alors, si vraiment vous voulez incarner le gaullisme, il vous
faut dénoncer hautement le traité de Lisbonne, son contenu aussi
bien que la procédure par laquelle il a été imposé.
Il vous faut clairement annoncer que vous êtes déterminé à ce
que la France recouvre sa liberté d’action vis-à-vis de
Bruxelles, autrement dit à substituer une Europe gaullienne à
l’Europe de Jean Monnet et de Jacques Delors. Les Français, n’en
doutez pas, vous suivront… Vous devez le faire, plutôt que
d’appeler, comme récemment, à «une gouvernance européenne plus
forte, une Commission plus forte, un Parlement plus fort, pour
remettre cette Europe en marche».
Si vous vous y refusez, parce que telles ne sont pas vos
convictions ou parce que vous n’avez pas le courage d’une telle
rupture, alors, avec regret, je vous dénie le droit de vous
réclamer du gaullisme.
Francis Choisel
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